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dimanche 25 août 2019

Observations sur la nidification de Rhodanthidium sticticum

Observations sur la nidification de Rhodanthidium sticticum

« Rhodanthidium sticticum » Fabricius, 1787

par Eric Gabiot

C’est en collectant quelques coquilles vides d’escargots au cours du mois de mars sur les pentes du coudon, au lieu dit Costeplane, que j’ai découvert que certaines étaient habitées par un hyménoptère. En effet logés dans une coquille d’hélicidé d’environ 2,5 cm de diamètre un mâle et une femelle de rhodanthidium sticticum ont rapidement montré leur nez.

Rhodanthidium  sticticum Fabricius, 1787

L’abeille résinière

Abeille solitaire de la famille des Megachilidae, elle se distingue des autres anthidies par la couleur rouge orangée des pattes.

Leurs mandibules ainsi que le clypeus sont tachetés de rouge.

D’une longueur variant de 12 à 16 mm, ces abeilles sont facilement identifiables par leur couleur rouge orange. Leurs ailes sont enfumées.

La femelle présente un abdomen strié de bandes orangées ainsi que des antennes orange à la base et brun par la suite.

Comme toutes les femelles de cette famille elle possède une brosse ventrale jaunâtre sous abdomen lui permettant de récolter du pollen.

Les mâles  sont légèrement plus grand que les femelles et leur corps est un peu plus noirâtre, leurs antennes sont entièrement noires.

Les derniers segments de l’abdomen sont rouges avec seulement un triangle noir à la base.

Cette espèce a été décrite par Fabricius en 1787 sous le nom de « Apis stictica ».

Puis Dumet en 1908 l’a classée dans la famille des Megachilidae sous le genre des anthidies avec pour nomination « Anthidium sticticum ». Si on trouve sur le net cet animal sous cette dénomination cela n’en reste pas moins une erreur car c’est finalement en 1927 qu’Isensee classe l’espèce dans le sous genre Rhodanthidium. Elle porte désormais le nom de « Rhodanthidium sticticum » référentiel taxinomique « Fauna europaea » et  « INPN MNHM ».

Bien que vulgarisée sous le nom « abeille résinière » parce qu’elle collecte de la résine sur les arbres, utile à la fabrication de son nid,  je préfère l’appeler « l’abeille rouge ».

Il existe peu de données sur sa répartition géographique. Beaucoup citée en Espagne et dans le sud de la France, elle semble résider sur le pourtour méditerranéen. A cause de ce manque de donnée l’espèce est classée sur la liste rouge européenne de l’IUCN son évaluation en 2014 la classe DD (data déficient).

C’est ce manque de données qui m’a poussé à conserver mon escargot et le placer dans une cage d’observation, ainsi que d’en récolter d’autres afin de pouvoir observer le comportement de l’animal.

C’est ainsi que j’ai pu observer les aller et venue du couple issu de la première coquille. Les vols restent peu éloignés du futur nid tout au plus d’une cinquantaine de mètres dans la mesure où les sources de pollen ne sont pas rares.

La récupération d’une seconde coquille lors d’une sortie entomologique sur Carqueiranne m’a permis de procéder à l’ouverture de la coquille pour en observer l’intérieur.

Observations sous cloche

Après récupération le 30 mars et mise sous cloche, il m’a été permis d’assister à l’accouplement des deux individus dès le 01 avril. Cet accouplement a eu lieu au sol, la cloche gênant un peu le vol.

Les observations d’accouplement que j’ai effectué in situ sur les pentes du coudon ont révélé un comportement reproductif agressif de la part du mâle attrapant la femelle par surprise en opération de butinage.

La femelle butine de préférence le thym, romarin et le ciste cotonneux (Cistus albidus).

L’entrée de la coquille présente une séparation en résine formant une double chambre l’une pour le logement du mâle, l’autre pour celui de la femelle.

Une semaine après l’accouplement seule la femelle assurait les aller et venue entre les fleurs butinées et la coquille, le mâle ayant disparu.

C’est le 09 avril que je pus observer la femelle obturant l’entrée de l’escargot. Fermeture constituée de terre, substrat, herbe séchée.

C'est un véritable matelas friable permettant d’entretenir la chaleur interne sans mettre un obstacle trop dur à la sortie des jeunes.

Dans le même moment j’ai procédé à l’ouverture d’un des autres  escargots récupérés. Certains montrant un stade peu avancé de la construction du nid avec le fond tapissé d’une couche de soie cotonneuse. D’autres dont celui récupéré  à Carqueiranne laissent apparaitre une couche de cire à base de miel permettant à la fois l’isolation et la nutrition de l’œuf.

Les vols adultes ont étés observés de mi-mars à fin mai.

Observations sous binoculaire

Sur les 3 coquilles « disséquées » je n’ai découvert qu’un seul œuf dans chaque hélicidé laissant présager qu’une seule génération par an. L’hiver serait donc passé sous forme d’œuf ou de nymphe.

L’œuf observé mesure environ 1mm. Placé assez loin dans le fond de la coquille, il est collé au pain de cire servant probablement à la nutrition nécessaire au développement de la larve vers le stade adulte.

Les naissances ont lieu l’année suivante. J’ai assisté à des naissances dès la mi-mars en correspondance avec la floraison du thym.

Une ouverture d’escargot après naissance m’a laissé entrevoir l’enveloppe dans laquelle l’adulte s’est formé. Le pain de cire/miel a presque entièrement disparu et seule l’enveloppe vide de l’ancienne nymphe reste au fond de l’escargot.

 

En conclusion

Pour la plupart, la systématique des abeilles se résume à l’exploitation, l’élevage, l’observation et l’étude d’une seule espèce : Apis mellifera, l’abeille mellifère pour tous les bienfaits qu’elle apporte à l’homme.

Pour autant, il existe, en France, environ un millier d’espèces d’abeilles sauvages toutes différentes entre elles. Il y a bien un  regain d’interêt pour l’étude des abeilles sauvages depuis plusieurs années, cependant les moyens pour les étudier restent très insuffisants. Les clés de déterminations sont rares et quand elles existent, elles n’englobent pas forcement les espèces méditerranéennes de notre pays.

Les moeurs restent connues que d’une poignée de spécialistes et les écrits sur le comportement des abeilles solitaires sont rares.

Voila donc la raison pour laquelle je vous livre ces simples observations.